Revue internationale de référence en formation des adultes fondée en 1969.

N°236

2023-3
Questions en revue : apprentissage, expérience, alternance

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Richard ETIENNE : L’apprentissage est-il le résultat de l’expérience et de l’alternance ?

Régulièrement, Éducation permanente choisit de rééditer des textes de qualité, et de les accompagner d’un texte original de commentaire rédigé par une personnalité choisie pour sa compétence et sa notoriété particulières. Dans ce numéro, trois thèmes ont été retenus : l’apprentissage, l’expérience et l’alternance. Richard Étienne a été invité à présenter ces textes dans un éditorial copieux.

L’article vise à mettre en relief ce que les quatre textes retenus par Éducation permanente disent de cet objet énigmatique et structurant qu’est l’apprentissage, et aussi ce qui se tisse dans les interstices de ce qu’ils ne disent pas, mais dont se font l’écho d’autres travaux dont ils sont contemporains et avec lesquels ils entrent en dialogue, parfois explicitement, et parfois de façon plus implicite. Qu’apprenons-nous sur l’apprentissage en formation des adultes à la lecture de ces quatre textes ? En quoi font-ils débat et sont-ils eux-mêmes imbriqués dans la production d’un champ de connaissance en cours de développement ? En quoi ont-ils été amenés à constituer des repères structurants, « emblématiques », dans le champ de l’éducation permanente et de la formation professionnelle ?

L’évolution des métiers requiert de nouvelles compétences des salariés. Les machines marchent toutes seules mais il faut les commander, prévenir leurs aléas, résoudre les problèmes qu’elles posent. L’importance des savoir-faire diminue au profit de la compréhension globale des processus. Cela exige de la logique, des connaissances, de la culture. Mais comment les acquérir ? La démarche traditionnelle fait appel aux disciplines scolaires : il faut élever le niveau, ce qui n’est pas sans difficulté lorsque cela concerne des salariés depuis longtemps sortis de l’école. Aussi de nombreux formateurs se tournent-ils vers des démarches visant à développer les capacités de raisonnement. Mais peut-on raisonner sous vide de connaissances ? Une autre démarche consiste à partir des pratiques : le problème est alors de ne pas y rester et de trouver le moyen de passer des savoir-faire aux savoirs conceptualisés. Agir pour savoir et savoir pour agir. Cela suppose des cursus structurés non plus à partir de l’organisation académique des savoirs mais à partir de l’action. Cela suppose que les formateurs soient capables d’investir leur savoir dans l’action pour guider les formés sur les chemin menant de l’action au savoir (article paru dans Éducation permanente n° 92, 1988).

Qu’est-ce qui peut pousser l’adulte à s’engager en formation ? D’un certain nombre de travaux de recherche sur la motivation scolaire ou l’engagement en formation, il ressort que la signification (ou « valeur ») attribuée au sujet à son engagement en formation et aux apprentissages qu’il y réalise constitue une des composantes essentielles du processus de motivation. Parmi les travaux qui se sont penchés sur la question, certains mettent en relation la signification attribuée à la formation par le sujet et la dynamique identitaire qui accompagne sa trajectoire de vie. Plusieurs hypothèses de travail s’inscrivant dans cette perspective sont présentées dans la dernière partie de l’exposé (article paru dans Éducation permanente n° 136, 1998).

Cet article propose l’esquisse d’une approche sociologique des systèmes éducatifs qui prend en compte leur spécificité, c’est-à-dire la dimension pédagogique qui est partie intégrante de la « relation éducative ». Pour cela, l’auteur propose une analyse qui montre que les systèmes éducatifs sont composés de « mondes sociaux » différents. Le développement des « nouveaux dispositifs de formation », amènent à rapprocher plusieurs mondes sociaux, ce qui explique d’un point de vue sociologique les difficultés généralement rencontrées dans le cours de ces changements (article paru dans Éducation permanente n° 152, 2002).

L’article pose la question de la création des « communautés d’apprentissage ». Il s’efforce de définir le sens du rapprochement entre ces deux termes, et donne des indications sur les motifs de renouveau des formes d’apprentissages collectives qu’il décrit. Il s’intéresse à la compréhension des processus et des dynamiques au mouvement de création des communautés, soit à partir de problèmes expérimentés par des acteurs, soit à partir de décisions de création par des institutions (article paru dans Éducation permanente n° 207, 2016).

Les quatre textes retenus par Éducation permanente sont représentatifs des tensions et des usages de la notion d’expérience. L’auteure les analyse à l’aune de plusieurs questions visant à cerner les problématiques auxquelles se confrontent les formateurs et les chercheurs en mobilisant cette notion dans leurs pratiques de travail. Comment se construit l’expérience et comment contribue-t-elle au développement professionnel ? Comment porte-t-elle à conséquences sur l’action ? Quelle place accorder aux savoirs sensibles et au corps dans l’expérience ? Quelles modifications dans le rapport aux savoirs induit la prise en compte de la subjectivité ? En quoi l’expérience constitue-t-elle une ressource pour développer la créativité et faciliter le développement d’une éthique de travail ?

Bien que l’apprentissage et l’expérience semblent liés par un lien de nécessité, dans la tradition francophone, l’expérience est reléguée au rang de médiation entre élaboration théorique et application pratique. La perspective d’apprentissage expérientiel, en proposant une équivalence et une complémentarité entre apprentissage et expérience, donne à l’expérience un statut de connaissance. Cette conception nouvelle de la place de l’expérience dans l’apprentissage modifie l’orientation de l’apport pédagogique, qui passe d’une technique d’enseignement à un appui réflexif accompagnant la dynamique du processus d’apprentissage (article paru dans Éducation permanente n° 100/101, 1989).

S’interroger sur la fonction formatrice de l’expérience renvoie à une série de questions : qu’est-ce que l’« expérience » ? S’agit-il de former celui qui « fait » expérience ou celui qui n’a pas cette expérience ? Former pour quoi faire ? Comment faire « parler » l’expérience ? Quelle est l’articulation possible entre le pôle du savoir formel et celui de l’expérience ? L’auteur aborde ces questions en regardant l’histoire philosophique du concept d’expérience. Ce passage par la philosophie indique qu’il faut penser autre chose que ce qui a été pensé jusque-là par « expérience » pour pouvoir donner un sens à la question de savoir si elle est formatrice (article paru dans Éducation permanente n° 158, 2004).

L’usage de l’expérience dans la professionnalisation d’une population d’éducateurs, recrutés et formés selon des modalités dérogatoires, souligne trois registres de l’expérience : l’expérience comme prérequis dans le recrutement, l’expérience de la formation institutionnelle et l’expérience qui signe le professionnel chevronné. Au final, l’expérience constitue le ressort d’un processus de socialisation professionnelle au long cours, qui ne distingue pas ces éducateurs de leurs collègues formés selon un cursus classique (article paru dans Éducation permanente n° 197, 2013).

L’anglais philosophique dispose d’une ressource qui n’existe pas en français : la capacité à faire de l’expérience un verbe. « To experience », fréquent chez Dewey, permet de décrire ce qui est un processus plus qu’un objet, tout en conservant au cœur de cette construction grammaticale le concept cardinal de l’empirisme, là où le français, s’il ne recourt pas à un néo-logisme, doit se contenter d’« éprouver », de « ressentir » ou d’« expérimenter ». La solution la plus satisfaisante est sans doute « faire l’expérience de », mais elle perd la simplicité de la construction verbale anglaise… Sans trancher sur la question, l’auteur présuppose que l’on peut s’autoriser à utiliser en français le verbe « expériencer », pour voir ce que cet usage permettrait d’ouvrir, mais aussi quels contresens il permettrait d’éviter. Cela conduit l’auteur à entrer dans le détail de deux sophismes que Dewey veut déraciner : la réduction de l’expérience à la connaissance de cette expérience, et la réduction de l’expérience aux éléments simples introduits pour l’analyser (article paru dans Éducation permanente n° 198, 2014).

Il ressort de la lecture des quatre articles retenus par Éducation permanente que la raison articulative de l’alternance met en dialogue trois pratiques : une pratique réflexive en centre de formation ; une pratique délibérative en entreprise ; une pratique interrogative, transversale, si l’on espère une parité d’estime de savoirs. Essentielle, la compétence interrogative est au cœur des métiers. La dispute de métier lui est corrélative. Il semble exister une compétence interrogative inhérente aux formations par alternance du fait d’un métier partagé avec un professionnel. Mettre en scène le métier-institution en formation par alternance stimule la réflexivité esthétique, la délibération éthique et l’interrogativité logique des alternants encourageant l’assertivité. La qualité du travail et de la formation ne serait-elle pas un reflet du plaisir à l’effectuer, à l’« opérer », à l’œuvrer, en coopération ?

L’auteur se propose de chercher à capter la signification des pratiques d’alternance dans leur relation dialectique entre les personnes qui les vivent, et les structures institutionnelles qui servent à les décrire. À partir de la description de ces interactions, il tente de faire émerger la pertinence cognitive qu’il peut y avoir à y recourir, pertinence qui tient au sens que produit cette forme d’apprentissage pour les personnes en quête de savoir et pour les ouvertures sociales qu’elles peuvent aider à esquisser dans la lutte contre l’échec scolaire (article paru dans Éducation permanente n° 115, 1993).

Un des effets majeurs de l’alternance concerne ce qu’on appelle aujourd’hui la professionnalisation des acteurs et des formations. Pourquoi l’alternance peut-elle être cette voie privilégiée de professionnalisation ? A quelles conditions ? C’est ce que propose d’explorer cet article en s’appuyant sur l’histoire et l’analyse des fondements anthropologiques de la formation des compétences professionnelles, afin d’en tirer les conséquences didactiques pour un système de formation en alternance : penser l’expérience autrement et considérer la réflexivité comme la clé de toute professionnalisation (article paru dans Éducation permanente n° 172, 2007).

L’alternance, qui ne peut pas être réduite à un instrument devant faire régresser le chômage, est une situation qui met en perspective les liens entre travail, emploi et qualité de vie. Tant pour les jeunes qui peinent à démarrer leur vie professionnelle que pour les adultes qui craignent de ne pouvoir se maintenir en emploi, elle pointe avec insistance la difficulté de se projeter dans l’avenir. Est-elle alors appelée à devenir le viatique du travailleur itinérant ? Un des moyens de se prémunir des mobilités contraintes qui accentuent la dualisation entre emplois protégés et situations de travail dégradées ? Ces enjeux ne se traitent pas seulement avec des appels à multiplier les contrats d’alternance. Ils se déclinent au sein des collectifs de travail grâce à des leviers organisationnels faisant jouer les rapports entre confiance, coopération et apprentissage (article paru dans Éducation permanente n° 190, 2012).

Cet article part des connaissances que nous avons sur quelques conditions et processus d’apprentissage pour réfléchir à la manière dont on pourrait penser la conception, la conduite et l’amélioration des formations par alternance. L’hypothèse est ici que les questions d’apprentissage sont relativement secondaires dans les décisions de conception des formations par alternance d’une part, et supposées résolues par quelques conceptions courantes et peu réinterrogées d’autre part (article paru dans Éducation permanente n° 193, 2012).

JDes recherches en formation d’adultes adoptent une perspective historique. Certaines d’entre elles portent sur des séries chronologiques d’écrits, tandis que d’autres recourent à des entretiens de témoins d’époque. L’article explore les questions pratiques et épistémologiques que posent ces deux manières de procéder (« Varia »).

En prenant appui sur des observations conduites par des enseignants novices dans près de quinze classes regroupant des élèves âgés de 6 à 16 ans, cette recherche étudie les rapports entre perturbations de l’activité, apprentissages individuels et régulation de l’enseignement (« Varia »).

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